PIERRE POULY: Les triomphes de Caracas

Aujourd’hui, d’un seul coup d’aile, on franchit les 6 océans mais il n’en fut pas toujours ainsi et autrefois, on utilisait la voie maritime. C’est ce que fit Pierre POULY, qui s’embarqua sur un luxueux paquebot pour une croisière interminable qui l’amena à Caracas où deux contrats, seulement, l’attendaient.

 

C’était le 16 novembre 1921 l’année de son doctorat et ce fut de Bordeaux qu’appareilla le paquebot.

 

Le 3 décembre notre maestro faisait sa présentation dans les arènes de Caracas et à cette occasion confirmait l’alternative à un certain Grégorio Garrido. Le bétail était bien sûr « du pays » et « Pédro de Francia » s’en accommoda parfaitement et enthousiasma les gradins par son toréo et ses estocades fulminantes. L’empresa conquis, devait le répéter onze fois jusqu’à la fin du mois de février 1922 et les cachets bien sûr augmentèrent en conséquence.

 

Mais plus que « le dinero », ce fut un souvenir émouvant que ramena Don Pédro de son expédition : à l’issue de l’une de ses prestations, il fut porté, dans un enthousiasme général, sur les épaules, de la Plaza à son hôtel, et dut saluer du balcon la foule innombrable. Il en avait encore les larmes aux yeux lorsqu’il évoquait ce souvenir ! Il serait bien resté encore quelques temps en terre Vénézuélienne, il avait coupé 25 oreilles méritées, et huit queues pour compléter ce palmarès. Mais il était attendu le 8 mai 1922 à MADRID pour sa confirmation d’alternative, d’ailleurs fort honorable.

 

Mail il y a une suite au récit de ce périple. Lorsque César Giron fit sa prestation dans notre ruedo, l’empresa lui narra ses exploits à CARACAS, et César se souvint du récit qu’on lui avait fait des triomphes « del Francès ».

 

Ainsi, « Don Pedro» avait franchi l’Atlantique pour toréer avec succès dans le pays natal des Giron. C’était extraordinaire. Seuls les moyens de communication avaient changé, au bout du trajet, il y avait toujours des plazas à conquérir pour nos Maestro !

 

LES CARTELS DE CARACAS

- 04 décembre 1921 : Pouly III – Grégorio Garrido (toros de Santaella)

- 09 décembre 1921 : Pouly III – Andaluz (toros du Général Gomez) - 1 oreille

- 18 décembre 1921 : Pouly III – Moyano (toros de Santaella) - Pierre Pouly estoque les 6 toros – 9 oreilles et 5 queues

- 06 janvier 1922 : Pouly III – Eléazar Sananes (toros « criollos »)(*) - 1 oreille – bléssé par le 3ème toro

- 15 janvier 1922 : Pouly III – Eléazar Sananes (toros « criollos »)(*)

- 22 janvier 1922 : Pouly III – Eléazar Sananes (toros « criollos »)(*) - 5 oreilles

- 29 janvier 1922 : Pouly III – Manolo Bienvenida (toros « criollos »)(*) - 2 oreilles

- 04 février 1922 : Pouly III – Angelete (toros « criollos »)(*)

- 12 février 1922 : Pouly III – Andaluz (toros « criollos »)(*) - Estoque les 6 toros – 5 oreilles et 3 queues

- 16 février 1922 : Pouly III – Angelete (toros « criollos »)(*) - 2 oreilles

- 19 février 1922 : Pouly III – Grégorio Garrido (toros « criollos »)(*) - Pierre Pouly actua 6 fois dans « le circo métropolitano » et 5 dans le « nuevo circo »

 

(*) On désigne sous le terme « toros criollos » du bétail du pays souvent croisé avec plus ou, moins de bonheur.

 

Jean-Claude DUFAU (2010)